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Biais de confirmation : l'art de voir ce que l'on croit déjà




En regardant cette image, où est le haut ? Où est le bas ? Qui monte ? Qui descend ?

Notre cerveau cherche immédiatement à trouver un point de repère stable, une logique, une interprétation qui fasse sens. Pourtant, aucune perspective ne permet de comprendre complètement ce que nous voyons.

Et si, dans nos vies, nous regardions certaines situations avec la même certitude que nous regardons ces escaliers ?

Que cherchez vous à confirmer dans votre vie en ce moment ?

Nous avons tendance à penser que nous observons la réalité de manière objective. Pourtant, les neurosciences et la psychologie cognitive montrent que notre cerveau ne se contente pas d'enregistrer les informations qui lui parviennent. Il les trie, les sélectionne et les interprète à travers le filtre de ses croyances préexistantes.

Ce phénomène est connu sous le nom de biais de confirmation.

Une fois qu'une croyance est installée, notre attention est spontanément attirée par les éléments qui la confirment. À l'inverse, nous avons tendance à minimiser, oublier ou relativiser les informations qui la contredisent.

Ce mécanisme n'est ni un défaut ni une pathologie. Il fait partie du fonctionnement normal du cerveau.

Pourquoi ?

Parce que notre cerveau ne recherche pas seulement l'exactitude. Il recherche aussi la cohérence. Une croyance constitue une sorte de carte intérieure qui nous permet de nous orienter dans le monde. Lorsqu'un événement confirme cette carte, nous éprouvons une forme de stabilité psychique. Lorsqu'un événement la contredit, cela crée une tension que les psychologues appellent dissonance cognitive.

Or cette tension est inconfortable.

Nous préférons souvent ajuster notre interprétation de la réalité plutôt que remettre en question une croyance profondément ancrée.

Ce mécanisme est à l'œuvre dans tous les domaines de notre vie.

Prenons l'exemple de la relation de couple.

Une personne qui a investi vingt ans dans une relation peut avoir beaucoup de mal à reconnaître qu'elle n'est plus épanouissante ou qu'elle est devenue destructrice. Non seulement parce qu'elle aime encore son partenaire, mais aussi parce qu'admettre la réalité l'obligerait à remettre en question des années de choix, d'efforts, de renoncements et d'espoirs.

Elle risque alors de porter une attention particulière aux moments où son partenaire se montre attentionné, disponible ou affectueux, tout en minimisant les comportements répétitifs qui la blessent.

Le biais de confirmation agit ici comme un gardien de la cohérence psychique : il protège l'idée que « j'ai fait le bon choix » ou que « cette relation peut encore fonctionner ».

Dans la sphère professionnelle, le même phénomène peut se produire.

Une personne convaincue qu'elle n'est pas à la hauteur remarquera davantage ses erreurs que ses réussites. Un compliment sera rapidement oublié ; une critique restera présente pendant des semaines.

À l'inverse, quelqu'un persuadé de sa compétence pourra parfois sous-estimer des retours pourtant pertinents.

Dans les deux cas, les faits sont les mêmes. C'est leur sélection qui diffère.

Avec les enfants, nos croyances influencent également notre regard.

Si nous considérons un enfant comme fragile, nous remarquerons davantage ses peurs, ses hésitations ou ses difficultés. Si nous le percevons comme autonome et capable, nous verrons plus facilement ses ressources et ses capacités d'adaptation.

Nous ne regardons pas seulement l'enfant. Nous regardons aussi l'histoire que nous racontons à son sujet.

Le phénomène est tout aussi visible dans notre vision du monde.

Certaines personnes sont profondément convaincues que l'être humain est fondamentalement égoïste. Elles remarquent immédiatement les injustices, les abus de pouvoir, les violences et les manipulations.

D'autres sont persuadées que l'humanité progresse. Elles voient davantage les élans de solidarité, les avancées sociales, les initiatives citoyennes et les gestes de coopération.

Le monde contient pourtant les deux réalités.

Ce qui change, c'est la direction dans laquelle se porte l'attention.

Les croyances les plus puissantes sont souvent celles qui concernent notre identité.

« Je ne mérite pas d'être aimé. »

« Je dois me débrouiller seul. »

« Je ne peux compter sur personne. »

« Je suis responsable du bonheur des autres. »

« Les conflits sont dangereux. »

Lorsqu'une telle croyance est installée, nous avons tendance à repérer dans notre environnement tout ce qui semble la confirmer.

Paradoxalement, même lorsqu'une croyance nous fait souffrir, elle peut procurer une forme de sécurité psychique. Non parce qu'elle est agréable, mais parce qu'elle est familière.

Le cerveau préfère souvent une souffrance connue à une incertitude qui l'obligerait à réorganiser ses repères.

C'est pourquoi certaines personnes restent longtemps dans des situations qui ne leur conviennent plus, répètent des schémas relationnels douloureux ou entretiennent une image dévalorisée d'elles-mêmes malgré des preuves objectives du contraire.

La question n'est donc pas seulement : « Est-ce vrai ? »

Elle peut aussi devenir :

« Qu'est-ce que je cherche inconsciemment à confirmer ? »

Cette question est précieuse car elle introduit un espace de liberté.

Elle nous invite à observer nos certitudes plutôt qu'à les confondre avec la réalité.

Elle nous permet de nous demander :

  • Quels faits est-ce que je remarque spontanément ?

  • Quels faits ai-je tendance à ignorer ?

  • Quelle histoire suis-je en train de raconter sur moi-même, sur les autres ou sur la vie ?

  • Que verrais-je si je regardais la situation avec une hypothèse différente ?

Le biais de confirmation ne disparaît jamais complètement. Il fait partie de notre fonctionnement humain.

Mais le simple fait d'en prendre conscience peut déjà élargir notre regard.

Et parfois, ce n'est pas la réalité qui change.

C'est la manière dont nous l'observons.

Comme devant cette œuvre d'Escher, nous avons souvent l'impression que notre vision des choses est la bonne, voire la seule possible.

Pourtant, un simple changement de perspective peut parfois faire apparaître une réalité que nous ne voyions pas jusque-là.

Nos croyances sont précieuses : elles nous aident à nous orienter dans le monde. Mais lorsqu'elles deviennent des certitudes, elles peuvent aussi limiter notre regard.

Alors peut-être que la question n'est pas seulement : « Ai-je raison ? »

Peut-être est-elle aussi : « Que verrais-je si j'acceptais de regarder autrement ? »

Et si je regardais ma vie sous d'autres angles, d'autres perspectives, est-ce que cela modifierait certaines de mes croyances, de mes certitudes... ou même l'histoire que je me raconte depuis des années ?

 
 
 

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